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Une étude participative, racontée par les habitants

ZAC Paris Rive Gauche
Secteur Tolbiac-Chevaleret
Juin 2004-novembre 2004

Après un long travail préparatoire, le Conseil de quartier Bibliothèque-Dunois-Jeanne d'Arc a décidé, lors de sa séance plénière du 2 juin 2004, de s'investir dans une "étude participative" sur le secteur Tolbiac-Chevaleret de Paris Rive Gauche, et de suivre, en amont, le déroulement de la consultation d'urbanisme en cours, qui réunissait 8 équipes d'architectes.

25 habitants se sont alors proposés pour constituer un groupe de travail, assistés du cabinet d'architectes HENNIN NORMIER retenu pour sa connaissance du territoire et la qualité de sa méthodologie. 25 habitants de tous âges et tous horizons, aucun particulièrement lié à l'urbanisme.

Notre attente: devenir des acteurs crédibles de l'aménagement de ce quartier; ainsi, nous avons dû acquérir les connaissances nécessaires pour exprimer nos points de vue individuels, leur donner une cohérence commune et partagée, les frotter à d'autres opinions. II ne s'agissait donc pas d'élaborer un nouveau projet mais bien d'émettre des orientations, des recommandations, sur des thèmes qui nous sont essentiels.

L'étude s'est déroulée sur 17 réunions du groupe de travail, principalement réparties entre septembre et octobre 2004.

Bien conscients cependant de ne représenter que nous-mêmes, nous avons multiplié les allers-retours vers l'ensemble des habitants

- tente-expo sur les marchés du dimanche

- rédaction, envoi puis dépouillement d'un document-questionnaire diffusé à 7000 exemplaires (sur un quartier de 15 000 habitants)

- 5 réunions publiques

Nous ainsi avons rendu compte, amendé et validé nos propositions et réflexions. Pour acquérir des connaissances sur les enjeux et les contraintes, nous avons invité à nos réunions les principaux acteurs concernés par l'aménagement du quartier, afin de leur poser des questions et d'entendre leurs conseils : un promoteur de logement privé, un responsable du logement social, le maire du 13e, président de la Semapa, le directeur général de la Semapa, une association de la concertation, des représentants des Conseils de quartier adjacents.

Nous avons complété, enrichi notre propre réflexion par les avis de ces acteurs particulièrement impliqués.

Pour nous approprier notre territoire, en saisir l'échelle aujourd'hui difficile à cerner, nous avons développé deux approches:

1/ situer le secteur dans son environnement urbain ; à la manière de tout autre quartier, notre territoire n'existe que dans et par son environnement urbain

- ici, des équipements prestigieux mais épars, bibliothèque, université, hôpital, piscine...

- là, des îlots solitaires de logements, des délaissés de l'urbanité.

- Pour que la "ville passe", il nous faut établir des liens, fertiliser des territoires qui débordent de notre périmètre, le déforment, l'absorbent dans des périmètres plus larges.

2/ mesurer le secteur Tolbiac -Chevaleret, dire ce qu'il "contient" ; nous avons procédé par "superposition"

- le secteur contient l'équivalent d'un territoire compris entre la place de l'Hôtel de Ville et la Samaritaine :logements, bureaux, théâtres, grands magasins, places et square...

- le secteur contient un territoire compris entre le boulevard Beaumarchais et la rue Pavée, où s'inscrivent les places des Vosges et du Marché Sainte-Catherine;

- la halle Sernam, c'est la Tour Eiffel couchée, ou encore 3 Notre-Dame de Paris...

L'exercice nous a fait goûter à la diversité des quartiers parisiens, aux possibilités offertes par notre secteur ; nous savons mieux pourquoi la Paris Rive Gauche peut nous paraître si parfaitement homogène et monotone : un espace public indifférencié, le zonage des programmes, la taille des opérations, la confiscation des coeurs d'îlots...

Pour nous, donc, pas de vision uniforme du secteur Tolbiac Chevaleret, mais une mosaïque d'actions.

Nos recommandations

Le secteur tolbiac chevaleret est situé au coeur d'un environnement d'équipements de prestige, mais dispersés et ne disposant d'aucun lieu de convergence.
Notre conviction :

le destin de notre quartier sera d'accueillir et de rassembler.

Cet objectif essentiel dépend de la qualité des liens créés ; nous serons donc attentifs

• à la continuité des liens transversaux entre quartiers neufs et anciens;
• à la matérialisation des liens entre Paris et sa périphérie.

Le périmètre du secteur tolbiac chevaleret est totalement arbitraire ; il ne dépend d'aucune stratégie urbaine. Le secteur d'étude est, de fait, inscrit dans des territoires distincts, transversaux, aux vocations distinctes.
Nous serons sensibles à la manière dont le lauréat prend en compte ces territoires en formation, qui débordent le cadre strict du programme.

L'uniformité nous ennuie ; nous serons donc attentifs à la capacité du projet lauréat à moduler les densités, les fonctionnalités et les paysages à l'intérieur du secteur d'étude.

Ville haute - ville basse :
nous attendons du projet qu'il crée une complicité entre architectures actuelles et futures.
Nous critiquerons tout projet
• qui proposerait un front bâti sur dalle, délaissant la rue du Chevaleret comme une vieille dépouille ;
• qui dessinerait une rue canyon, brimante et étouffante.

Nous sommes conscients de n'avoir, à cette étape du projet, aucun impact sur les architectures futures. Par contre, nous sommes convaincus que leur "mise en scène" par l'espace public sera déterminante de leur attractivité et de leur humanité. Nous apprécierons donc le projet pour la diversité des espaces publics qu'il propose, la richesse de vocabulaire urbain qu'il décline.

La hauteur des constructions est de toute évidence en relation directe avec la densité bâtie et l'animation des espaces publics. Après un travail en maquette, nous nous déterminons pour des hauteurs en moyenne inférieures de 2 niveaux aux plafonds autorisés.

Cette disposition nous conduit à une SHON de 160.OOOm2 dont 90.OOOm2 de logements, 15.OOOm2 d'équipements, activités, 55.000m2 de bureaux.

Nous analyserons attentivement les mesures prises par le lauréat pour favoriser la mixité des usages ; pas de blocs mono-fonctionnels, qu'ils soient de bureaux ou de logements. La taille des opérations est déterminante ; nous préconisons des entités maximum de 8.OOOm2.

La place des voitures sera maîtrisée : circulations résidentielles favorisées mais circulations de transit limitées à 2 voies de circulation à sens unique, réparties sur le secteur.

La poésie nous enchante et nous avons tous très envie d'être séduits par le projet lauréat. Nous observerons comment sont disposés places et squares, comment sont perçues les dimensions cachées du territoire, quels bonheurs sont réservés aux habitants...

Nous revendiquons un véritable parc et apprécierons les efforts pour l'implanter en pleine terre. Ce parc pourrait être "actif" en participant à structurer le quartier, à organiser les espaces et souligner les liens entre quartiers neufs et anciens.

Nous n'avons pas de prescriptions particulières sur la halle sernam, en dehors du respect des contraintes du cahier des charges.

L'avenue de France ne doit pas être un lieu stérile, à la façade linéaire, uniforme, dédié aux bureaux. Nous veillerons à ce qu'elle témoigne des transversalités du site, qu'elle respecte les principes de mixité des usages, qu'elle offre des variations significatives de paysage architectural.